• Article courrier casablanca:

Dans sa quiétude d’artiste, Ahmed Slamti se livre, avec rigueur et passion, à un exercice délicat; celui de restituer les composantes de l’identité nationale.
Paysages, personnages, lieux et mémoire..le pinceau d’Ahmed Slamti dévoile avec une abnégation quasi-religieuse les péripéties de la mémoire, notre mémoire collective.
La splendeur de l’oeuvre d’Ahmed Slamti tient du fait qu’il donne une grande importance aux détails.
Le Courrier de Casablanca a rencontré l’artiste.

CC:Votre parcours signe un virage du monde des finances vers une carrière d’artiste – peintre. S’agit-il d’une rupture franche ou d’une suite logique ?

AS:Ayant exercé dans l’activité bancaire à l’international, j’ai eu la chance de beaucoup voyager et rencontrer des personnes de différentes cultures et sensibilités. Cette ouverture vers les autres a constitué pour moi un atout facilitant le partage des émotions, condition sine qua non de tout art.
Evidemment, lors de l’activité professionnelle j’ai été happé par le quotidien et bien que l’envie me brûlait de peindre, je n’avais pratiquement pas de temps pour m’y consacrer.
Heureusement, depuis ma retraite je rattrape le temps perdu et assouvis ma passion.
Alors, rupture franche ou suite logique ? Il y a les deux, dans le sens où de toute façon il y a eu une rupture professionnelle, et suite logique puisque j’ai toujours voulu m’essayer à l’art du pinceau. Je dois dire aussi qu’enfant j’éprouvais beaucoup de plaisir à dessiner (fleurs, camarades, animaux de compagnie….école). Disons que j’avais des prédispositions.

CC:Un observateur attentif de votre œuvre décelera, sans grande peine, une nette prédominance des éléments de l’identité nationale dans vos toiles. Le peintre est-il patriote par excellence ?

AS:Un peintre est d’abord un observateur curieux de son environnement. Il se trouve que notre pays est une immense fresque où la beauté est permanente. Il suffit d’y puiser comme l’ont fait d’illustres peintres comme Delacroix, Matisse et Majorelle. Le Maroc offre des paysages variés où nulle part ailleurs les couleurs ne sont aussi lumineuses ; une parfaite harmonie unit les hommes à la nature. Un peuple festif perpétuant les traditions ancestrales dans chaque région. Des cités impériales bravant le temps. Une alchimie de couleurs. Un appel visuel et sensoriel permanent à tous les artistes, qu’ils soient peintres, sculpteurs, musiciens, chanteurs, comédiens….pour une expression émotionnelle de la beauté, de la liberté, de la générosité. Alors, si un peintre arrive à restituer, ne serait-ce que partiellement tout cela, c’est évidemment un patriote mais à condition qu’il ne soit pas enfermé dans le nationalisme. On s’enrichit toujours au contact des autres, au-delà des frontières.
CC:Le nom de Ahmed Slamti est relativement nouveau sur la scène artistique nationale. Comment percevez-vous la dynamique artistique nationale ?/b]
AS:En fréquentant les galeries je m’aperçois que la scène artistique comprend d’immenses talents dans tous les styles : figuratif, abstrait, impressionnisme, naif…
Mais en discutant avec les peintres je m’aperçois que, mis à part quelques uns, la plupart se plaignent de l’impossibilité d’en vivre. Peu de ventes pour des raisons aussi bien culturelles que financières.
L’expérience des expositions collectives à des prix abordables est positive dans le sens où l’art est démocratisé.
Par ailleurs, au-delà de la dynamique nationale, les expositions internationales sont de nature à développer l’activité artistique. Plusieurs peintres marocains sont beaucoup appréciés à l’étranger.

CC:Le marocain ordinaire semble préoccupé par son quotidien. Comment faire pour intégrer la peinture dans sa vie de tous les jours ?
AS:D’abord, je pense que les disciplines artistiques devraient être enseignées à l’école (avec tous les moyens pédagogiques nécessaires) pour que les enfants soient davantage sensibles à des valeurs humaines autres que les jeux vidéo et mac do.
En second lieu les médias devraient accorder une large couverture aux travaux des artistes à travers des émissions culturelles.
En outre les pouvoirs publics devraient favoriser la création et le développement des galeries d’art.
Enfin les artistes eux-mêmes devraient se prendre en charge grâce à des associations représentant l’ensemble des artistes sans népotisme ni favoritisme.

CC:Un dernier mot
J’espère que les amoureux de la peinture apprécieront mes oeuvres lors de mon vernissage du 11 mai où je présenterai deux styles, figuratif et abstrait sur peaux de chèvre et sur toile.
Enfin je souhaite bonne chance à tous les artistes et leur conseille la persévérance, l’audace et la patience.

Interview réalisé par: Othmane Boumaalif

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